Marvel ne fait pas de politique, d’après son directeur créatif ! Vraiment ?

Si vous avez suivi l’actualité comics récente, vous avez très certainement entendu parlé des déclarations de David Gabriel au sujet de la diversité trop grande dans les comics Marvel qui empêcheraient les ventes d’être aussi bonnes que prévues. Oui, sachez que les ventes Marvel sont en baisse pour la première fois depuis des années, rattrapées par DC Comics qui voit son opération Rebirth être un vrai succès. Donc, plutôt que de trouver de vraies causes en interne, le vice-président des publications a préféré raconté nawak ! Et il n’a pas été le seul ! Axel Alonso s’est empressé de déclarer que la diversité présente chez les personnages Marvel n’était pas du tout une façon pour Marvel de faire du politique ! Mais LOL !!!

Comment dire ? Si même le directeur éditorial réfute cette vérité, c’est qu’il y a un sacré problème chez Marvel, non ? Axel Alonso n’essayerait-il pas d’attirer le public, dégoûté par cette orientation des comics ?

Une démarche politique à travers la diversité.

Bah oui, la diversité présente depuis quelques temps chez Marvel et d’autres éditeurs, si ce n’est pas une affirmation politique, je vois pas ce que c’est… Franchement, proposer une série avec une héroïne ouvertement musulmane, vous oseriez dire que ce n’est pas politique ? Faire de Sam Wilson, un afro-américain, ce n’est pas politique ?

C’est au contraire l’affirmation, par un mouvement éditorial, d’une vision de la société. Une société qui va au-delà des WASP, au-delà des super-héros blancs, blonds et aux yeux bleus. Une société qui se construit dans la diversité de ces citoyens et qui en est fier. Axel Alonso en balançant cette affirmation semble nier ce que Marvel propose depuis All-New Marvel Now, la seconde étape de Marvel Now avec la mise en place de la nouvelle incarnation de Ms. Marvel. La mise en place d’une super-héroïne musulmane n’est pas une nouveauté. Grant Morrison l’avait fait dans le cadre de Batman Inc. Mais c’était un personnage secondaire. Le même auteur avait créer une mutante musulmane, Dust, qui avait provoqué un tollé puisqu’elle portait un niquab et que son corps était intégralement recouvert par une ayaba.

Il est alors évident que créer une nouvelle série avec une jeune fille musulmane est un coup marketing mais il est aussi très politique. Marketing évidemment et c’est ce qui va permettre à Marvel de figurer en bonne place dans le cœur des pro-diversité, surtout que peu de temps après, DC Comics virera l’équipe artistique de Batwoman pour cause de mariage homosexuelle… Mais c’est aussi et surtout politique puisque G. Willow Wilson, l’auteure, est aussi musulmane. Le choix éditorial est censé, cohérent et permet à la série de proposer une série de qualité, offrant un regard extrêmement positif sur la communauté musulmane.

La série va connaître aussi bien un succès (mérité) qu’un bon gros buzz. Le succès aidant, Marvel va réfléchir à mettre en avant des personnages principaux diversifiés, montrant la diversité de la société américaine mais aussi mondial. Les mouvements les plus audacieux vont évidemment être Sam Wilson qui devient Captain America, une femme qui prend le titre de Thor (je dis pas qui c’est comme Panini a toujours pas publié Mighty Thor en librairie…), mais il va surtout falloir attendre le début de All-New All-Different Marvel, il y a un an et demi pour que l’orientation politique se fasse beaucoup plus présente. L’arrivée de Nick Spencer sur Captain America : Sam Wilson met le focus sur le racisme lancinant de la société américaine. Ms. Marvel et All-New All-Different Avengers mettent le focus sur les conflits entre générations. Totally Awesome Hulk met Amadeus Cho, un jeune coréen déjà connu dans l’univers Marvel dans la peau du géant de Jade, sauf que lui assume totalement et trouve ça super cool ! Surtout, Civil War II arrive et pose des questions politiques intéressantes quant à la manière de rendre la justice, bien entendu, tout cela est totalement repompé sur Minority Report (en moins intéressant) mais ça a le mérite de rentrer dans une logique politique commune. Entre temps, évidemment, on a Steve Rogers qui a repris le costume de Captain America et se révèle être un néo-nazi grâce à des manipulations spatio-temporelles dont je vous épargne le détail.

Arrêtons-nous un instant sur ce nouveau statu-quo. Là encore, le changement est politique et pas, pour des raisons de diversité. Non, ici, Nick Spencer, au travers d’une narration confuse (et souvent chiante) dresse le portrait d’une Amérique face à son propre racisme, face à une icône, applaudie par tous, qui se révèle ne pas être celle qu’on pensait. Comme le disait Bleeding Cool, c’est une description du fascisme qui s’insinue dans la société de façon dérobée. Steve Rogers, c’est l’Amérique fière qui a frappé dans la face Hitler, c’est le porte-étendard des principes et des valeurs américains. Faire de lui un gros facho et aller au bout de la démarche (parce qu’au moins Nick Spencer s’y tient) est incroyablement gonflé parce que c’est évidemment le risque de se mettre une partie du public à dos et c’est ce qui arrive aujourd’hui ! Là, je pense que Marvel s’est déjà tiré une balle dans le pied et de nombreux lecteurs se sont barrés. Mais ça, on s’en fout, l’important, c’est que la politique imprègne de nombreuses séries. Pas toutes, il y a des séries de détente et heureusement mais nombre d’entre elles distillent un message politique plus ou moins mis en avant. Jason Aaron, sur Thor, dresse un portrait au vitriol des corporations énergétiques puis de la politique moderne où trois personnes décident pour des millions.

Au final, l’argument d’Axel Alonso serait que Marvel se contente d’écrire des bonnes histoires sur le monde actuel, dans la continuité de ce que Stan Lee faisait. Sauf que nier la réalité politique de cette action, c’est remettre en cause le travail des auteurs qui imprègnent de questionnements intéressants et pertinents leurs travaux. Limite, le responsable éditorial nous dit qu’écrire des histoires politiques, c’est nul parce que ça ne fait jamais de bonnes histoires. Grosse simplification, à mon avis !

L’après Civil War II, un gros mouv’ politique.

Et arrive le nouveau relaunch, celui que, par paresse éditoriale, on appelle Marvel Now 2.0. A la sortie de Civil War II, les super-héros sont divisés entre les plus jeunes et les plus anciens. De là émergent l’équipe des Champions, composée par le nouveau Hulk, Ms. Marvel, Miles Morales, Cyclops, Viv (la fille de Vision) et Nova. Bref, c’est la célébration d’une équipe jeune et diversifiée et ce n’est pas tout, de nouvelles séries émergent, mettant en avant de nouveaux héros comme The Unstoppable Wasp, série ouvertement féministe et ayant l’intelligence de mettre en avant de véritables femmes œuvrant dans la recherche à chaque fin de numéro. Je ne spoilerai pas la fin de Civil War II mais Invincible Iron Man change aussi de personnage. Mais la série qui marque le plus cet aspect très politisé est incontestablement Occupy Avengers où Hawkeye et Red Wolf parcourent les Etats-Unis et s’arrêtent dans des communautés où règnent des problèmes raciaux, sociaux, écologiques. Le road-trip se mélange à l’engagement de l’auteur, David Walker (déjà auteur de la géniale Power-Man & Iron Fist et de la très politique Nighthawk) pour mettre le pays face à ses problèmes et ses contradictions. Surtout, mettre Clint Barton dans ce rôle est cohérent, il est le plus ordinaire et le plus proche des gens au sein de la communauté super-héroïque comme l’a démontré Matt Fraction dans son run sur le personnage. Rien que le premier numéro donne déjà le ton puisque notre héros doit stopper des travaux de construction d’un pipeline. Ça vous rappelle quelque chose ? C’est normal !

J’ai oublié de parler de Black Panther qui, bien qu’elle ait commencé il y a déjà un an, a, elle aussi, un discours politique puisqu’elle touche à la théorie de l’Etat, à ce qui fonde une Nation, au peuple et aux populistes. Ta-Nehisi Coates est un essayiste et ça se ressent puisque la réflexion est vraiment poussée au maximum. La preuve ultime : le premier arc dure douze numéros !

Evidemment, je ne parle ici que des séries les plus visiblement politiques mais comme je le dis souvent, les discours peuvent se cacher en filigrane dans certaines séries. Il est évident ici que Axel Alonso comme une grosse bourde en faisant cette déclaration. Mais ce qui me fait peur, ce sont les rumeurs d’un relaunch proche de ce que DC Comics a fait avec Rebirth, en gros, un retour aux racines de l’éditeur. Fondamentalement, cela me dérange car l’intérêt d’avoir ces deux éditeurs, c’est d’avoir deux visions différentes des super-héros. DC Comics fait aujourd’hui clairement dans le mainstream porteur d’espoir à travers des histoires accessibles, ce qui ne l’empêche pas de publier des séries au contenu plus politique, que ce soit Deathstroke, Green Arrow, Superwoman ou encore Supersons, toutes les quatre ne sont pas dans le top des ventes, pourtant, elles existent et l’éditeur ne semble pas vouloir (encore) les remettre en question. Si on va chercher plus loin, Valiant Comics fait aussi dans la série politique rien qu’avec Faith qui se vend bien. Bref, je ne pense pas que le problème se situe dans la diversité et je ne pense pas qu’il soit nécessaire de nier une réalité aussi visible que celle-ci : Marvel s’est politisé et tant mieux ! Ça nous donne des séries engagées, avec un propos construit et elles existent à côté de séries mainstream fun et divertissantes et sans discours politique. Je pense qu’il y a une nécessité que plusieurs types de séries puissent exister, qu’elles aient un discours ou non, qu’elles soient sérieuses ou très fun ; le plus important, c’est toujours la même chose : la cohérence dans l’écriture. Si rien n’est cohérent, si l’écriture n’est pas solide, là, le public se tire !

Bon après, y a quand même des séries de merde qui se vendent super bien !

 

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