Logan

Annoncé comme le baroud d’honneur du plus vénère des mutants et de son interprète, Hugh Jackman, Logan ouvre le bal des grosses productions super-héroïques de l’année avec force et fracas. Dire que j’attendais le film est un euphémisme, chaque bande-annonce démontrait la possibilité de concrétiser une vision artistique sur un genre hyper contrôlé par les studios. Critique d’un succès total qui prouve que quand on laisse Simon Kinberg éloigner d’un stylo ou Bryan Singer d’une caméra, ça va tout de suite mieux !

Un western crépusculaire.

La première chose qui frappe quand on regarde le film, ce sont les décors. La première partie se déroule à la frontière mexicaine et non seulement cet aspect est très important pour le propos du film mais surtout il permet à James Mangold de faire ce qu’il sait faire de mieux : du western. Le bougre est déjà responsable de plusieurs films, Copland, par exemple est un western contemporain (si vous ne l’avez pas vu, foncez, c’est le meilleur rôle de Stallone) ; 3h10 pour Yuma était le remake du fameux western du même nom. Si The Wolverine, opus précédent du même réalisateur, pouvait, par certains aspects, s’apparenter à un western, l’ingérence des producteurs donnait au film un aspect bâtard, s’achevant dans une bouillie visuelle et scénaristique tragi-comique.

Ici, James Mangold a les coudées franches et ça fait un bien fou. L’ambiance western fonctionne à plein régime, entre les décors, la photographie, Logan en vieux loup fatigué et désabusé, entouré de Caliban et d’un Charles Xavier décrépi dans un hangar en plein milieu du désert. Le film montre le combat d’un homme fatigué de se battre pour une cause perdue d’avance (la survie de son espèce) qui va retrouver la force d’avancer. Cet aspect est renforcé par un Hugh Jackman habité par le rôle, d’une brutalité sans nom, ce dernier n’hésite plus à trancher les membres de ses adversaires. Attendez-vous à voir des têtes volées, ainsi que des bras et des jambes. L’idée d’une partie de la population en voie de disparition et de l’inéluctabilité du phénomène ancre le film dans une noirceur et un fatalisme proche de ce que les westerns crépusculaires avaient à nous offrir.

Des visions de la parentalité.

Surtout, ce qui fait la réussite du film, c’est son scénario. Logan se découvre une fille artificielle, comprenez qu’elle est née dans un laboratoire à partir de son génome mutant et il va devoir la protéger. Sauf qu’il n’en a rien à foutre, préférant finir sa vie tranquillement au fond de son désert. A partir de là, le film tisse un discours sur la parentalité sur trois degrés différents.

Premièrement, la relation entre Charles Xavier et Logan est la démonstration d’une relation entre un père et son fils après des années de non-dits et de déceptions réciproques. L’un et l’autre ont de la rancœur envers l’autres mais au fond d’eux-mêmes, ils s’aiment et comptent énormément l’un sur l’autre. Commencer le film en replaçant cette relation est un choix intelligent, après tout, c’est leur relation qui a fait débuter la saga X-Men et elle était déjà compliquée. L’un et l’autre sont des individus surpuissants à bout de force, errant dans un monde qui ne veut plus d’eux et qui n’a de toute façon jamais voulu d’eux. Chacun d’eux a de la rancœur envers l’autre pour ce qu’il a fait ou ce qu’il n’a pas fait. Ils savent que bientôt, ils disparaîtront et pourtant, leur relation n’est faite que de coups d’éclats, d’engueulades sauf quand arrivent les moments les plus durs. Chacun derrière sa carapace est plus que ce qu’il veut bien admettre.

Ensuite, arrive la relation au cœur du film, celle entre Laura et Logan. Elle est sa fille, créée dans un laboratoire, elle ne veut que l’amour de son père et fera tout pour l’obtenir. Arrêtons-nous quelques instants sur la jeune Dafne Keen, sa prestation rivalise avec celles de Hugh Jackman et Patrick Stewart. A eux trois, ils forment un trio d’une consistance et d’une alchimie parfaite. Elle incarne à merveille cet être surpuissant et pourtant si fragile qui reste une petite fille comme le film sait nous le rappeler à l’occasion de petites scènes disséminées par à-coups. Logan lui, rejette en bloc cette fille dont il ne veut pas. Il n’a jamais demandé à avoir une fille, cela a été fait à l’insu de son plein gré, comme une paternité non-désirée et pourtant, il va devoir la protéger car il est le dernier rempart d’une race mourante.

Derrière la bête, le père va peu à peu se réveiller et leur relation va se nouer en un amour profond et un respect mêlé de compréhension. L’un et l’autre sont le fruit d’expériences considérées comme ratées et pourtant, ils vivent. Même considérées comme des parias, ils continueront leur existence. La fin du film va nous offrir les séquences les plus belles et les plus simples du monde, comme cette main fragile et douce qui se glisse dans la grosse paluche du griffu, abîmé par les années. Ce n’est pas l’idée d’un héritage à porter qui intervient ici mais l’idée d’une transmission par l’amour. L’acceptation de qui on est, même si on a été éduqué comme une bête, on peut changer si on en a la volonté.

C’est un joli pied de nez aux comics qui place actuellement Laura dans la peau de la nouvelle Wolverine car elle est la seule à même de porter le costume, avec cette idée d’un symbole qu’il faut continuer à porter. Laura est également présenter comme une fan des comics. Dans l’univers du film, les X-Men sont devenus des personnages de fiction et leurs aventures ont été traduites dans des comics (dessinés par Joe Quesada pour le film), elle connait déjà son père avant que lui ne la rencontre, comme une enfant qui n’aurait entendu parler de son père qu’à travers les histoires déformées de sa mère. La confrontation avec la réalité sera beaucoup plus brutale. Son père est faible, alcoolique, abîmé par les années. Mais de là surgira quand même un amour profond et sincère.

Enfin, le dernier aspect de la parentalité, c’est le point de vue du créateur de Laura et de l’ensemble des autres clones mutants. C’est la vision d’une parentalité où tout est décidé par le parent. On pourrait y voir un message contre les procréations médicalement assistées mais je pense que ce sont les tentatives d’eugénisme qui sont ici visées. Ces manœuvres de création médicales pures pour créer des individus parfaits. Le message des X-Men a toujours été celui-ci : soyez fier de toutes vos imperfections, elles sont votre force. Là encore, c’est le cas. La science ne pourra jamais tout contrôler et heureusement parce que c’est ça la vie, l’absence de contrôle, cette incertitude permanente. Et la parentalité, c’est aussi ça : faire des erreurs. Un enfant ne pourra jamais être comme un parent le souhaite et tant mieux en quelque part puisque c’est de là que nait l’individu, à partir de ces choix, il peut se construire et avancer dans la vie. Mais c’est justement ce que le scientifique responsable des expériences ne comprend pas et c’est là qu’il commet une erreur.

Le film propose ainsi trois visions de la parentalité dont les deux premières donnent lieu aux séquences les plus émouvantes du film. Aussi belles que simples, elles permettent au scénario d’exister.

Un X-Men politique.

C’est certainement là où le film n’était pas attendu et pourtant, c’est probablement le X-Men le plus politique. En même temps, après seize ans à bouffer le même message politique, c’était pas très compliqué non plus !

Je caricature mais si les deux premiers X-Men sont très bons et très pertinents dans leur message, ça s’essouffle très vite pour ne plus jamais se renouveler, excepté X-Men : First Class qui tente une approche sur la notion de paix en temps de guerre. Ici, James Mangold nous a concocté un film qui déglingue de nombreux aspects de son pays. Déjà, comme déjà dit, le film se déroule à la frontière mexicaine et les personnages veulent fuir au Canada. Si cela fonctionne principalement comme un retour aux sources pour Logan et Laura, ça a également une sacrée résonance par rapport aux fameux décrets de ce bon vieux Donald ! Egalement, de nombreuses répliques du film sont assez chargées politiquement mais je ne vous spoilerai pas !

Bien sûr, il y a le discours sur l’acceptation de soi mais il y a la présence d’un discours qui est celui de faire la paix avec ses actions passées. Logan est un tueur de masse, il le sait et je pense que ça le ronge. Charles Xavier pense qu’il faut faire avec, qu’il faut accepter ce que l’on a fait. C’est assez intéressant quand on applique ce discours à Laura, elle a déjà tué mais seulement des gens méchants comme elle le fait remarquer à Logan qui lui rétorque que ça compte pas. Méchants ou gentils, tu restes un tueur. Pour autant, Laura va tenter de changer, confronté au film « L’homme des vallées perdues », elle va tenter de vivre une vie plus sereine, moins sanguinaire, peut-être. Surtout, James Mangold adresse un message contre la culture de la guerre, Logan est contre les flingues et l’ensemble des dégâts qu’ils peuvent causer, surtout, Logan est un soldat qui tente de vivre en paix dans un monde violent et décadent et va essayer d’offrir cela à sa fille.

Il y aurait encore des tonnes de choses à dire et à analyser sur Logan. Si vous voulez en lire plus et que vous n’avez pas peur des spoilers, je vous renvoie vers cette magnifique analyse du film que je trouve pertinente. En attendant, foncez voir Logan, vous ne le regretterez pas, ça relève largement le niveau de la saga X-Men après cette bouse infâme qu’était Apocalypse et ça donne un bon départ à cette année super-héroïque après un Lego Batman lui aussi fantastique. Surtout, il est la preuve qu’il est possible de faire preuve d’innovation dans un genre très formaté. Après un Deadpool très drôle et proposant un peu d’innovation, Logan fait un bien fou puisque voilà un film qui va au bout de sa démarche et de sa logique !

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