Un bilan du relaunch Rebirth de DC Comics.

DC Rebirth a commencé en mai dernier, la majorité des premiers arcs des différentes séries se concluant ou s’étant conclues, que retenir de ce relaunch (remise à zéro de la numérotation, pour rappel) ?

 

Un retour aux fondamentaux de DC Comics.

Au final, ce qu’il faut déjà retenir de ce Rebirth, c’est qu’il ne sera pas ni une révolution éditoriale ni créative. Ce que fait Rebirth, c’est brosser le fan de longue date dans le sens du poil avec des histoires classiques, qui ne révolutionne jamais la formule mais réinstalle un élément que les scénaristes avaient oublié : l’espoir !

Souvenez-vous des New 52 et de l’excès de noirceur inspiré par les films de Christopher Nolan. Souvenez-vous de Superman dont les parents adoptifs avaient été tués pour le rendre plus torturé. Souvenez-vous de Batgirl qui plongeait toujours plus loin dans les abîmes de la noirceur (avant de repartir très loin dans une autre direction). Les exemples sont nombreux et les New 52 n’auront pas fait que des heureux. Si j’avais un reproche à formuler, ce serait que DC a forcé le trait et oublié ce qui faisait toute la saveur de leur univers et donc de leurs personnages. Que ce soit Superman qui devenait un héros torturé à la Batman ou le sentiment que l’héritage des soixante-dix ans passés était devenu totalement OSEF !

Les New 52 auront été un objet éditorial étrange, rempli d’idées cool apparaissant bien trop tard (Grayson notamment qui était un bijou et qui a révélé deux super scénaristes et un dessinateur exceptionnel) et d’autres trucs super étranges (en gros, une bonne partie de tous les teasings de Geoff Johns dans Justice League qui n’aboutissaient au final à rien) et d’autres choses totalement nulles (certaines des séries du début qui mettaient en place des personnages « historiques » avec des scénaristes de merde, genre Hawkman par Rob Liefeld, lol)

Rebirth a cet intérêt de replacer les super-héros comme des figures exemplaires, devant susciter de l’espoir autour d’eux. C’est surtout le cas avec Superman, le personnage redevient ce boy-scout qui veut faire le bien autour. Cela étant doublé d’une réflexion sur les responsabilités d’un parent, la transmission et l’héritage dans la série Superman de Peter Tomasi et Patrick Gleason qui m’apparait comme la plus grosse réussite de ce relaunch. Flash bénéficie énormément de cet effet aussi. Alors que le duo Venditti/ Jensen avait considérablement réduit l’intérêt de la série, à mes yeux, au travers d’arcs toujours plus longs (et chiants) et un héros qui avait perdu toute sa substance. En effet, le premier arc avec le Barry du futur, c’était une belle idée super mal exécutée, qui s’étirait comme du Brian M. Bendis. Surtout que Barry était con comme une meule… Flash bénéficie d’être, au-delà d’une figure d’espoir, le leitmotiv de Rebirth, à savoir l’héritage et la transmission. Et puis, le one-shot Rebirth remettait en place un élément central de la mythologie du speedster.

Elément que va reprendre la série Titans de Dan Abnett. Attention aux spoilers, je parle bien évidemment du retour de Wally West roux. Alors, si pour certains, cela peut sembler être un retour en arrière vers du conservatisme, je pense au contraire que cela véhicule l’ensemble des valeurs que Geoff Johns souhaite réinjecter dans notre univers préféré. Surtout, le Wally black n’est pas oublié puisqu’il existe grâce à une astuce scénaristique familiale et devient une figure emblématique d’une équipe chère au cœur de nombreux fans : les Teen Titans.

La série Teen Titans étant par ailleurs relancée totalement avec un nouveau roster après le désastre des New 52 (une pensée à Marv Wolfman et George Pérez #lesvraissavent). Ainsi, Damian Wayne devient le nouveau leader et la série s’annonce bien fun avec un Robin bien écrit et un sentiment général de fun et d’enthousiasme qui tranche avec la morosité des précédents runs. Bon, y a que trois numéros de sortis, donc ça a encore des chances de devenir naze mais je vais croiser les doigts et y croire.

Si on analyse que de ce point de vue, Rebirth est clairement une bonne chose. Mais vous me connaissez, je suis chiant donc je ne vais pas m’arrêter là.

 

Un rythme de parution lourd.

Là où Rebirth commence à devenir vraiment pénible, c’est sur son rythme de parution bimensuel pour pratiquement toutes les séries. Maintenant, on a deux numéros de nombreuses séries par mois. Vous pensez que c’est cool ? Bande de naïfs !

C’est tout le contraire, on a à peine digéré le numéro précédent qu’on doit enchaîner sur le suivant et c’est notamment le cas sur la série Batman. Tom King a un style de narration bien particulier et souvent riche en informations, le tout dans un ensemble fait d’ellipses assez nombreuses. Du coup, on se remet à peine du numéro d’avant qu’on enchaîne le suivant et ça devient relou à force, surtout en ce qui concerne les deux derniers numéros de l’arc initial, extrêmement denses. Ça va mieux sur le nouvel arc mais j’attends de les relire en relié pour apprécier le travail global, King construisant une œuvre dense et qui va former un sacré ensemble.

Flash a la même problématique sur son premier arc et bon nombre d’autres séries. Action Comics me parait aussi révélatrice. Démarrant très (trop) fort, la série va très vite, balancer plein d’idées à un point où on n’a plus le temps d’assimiler et de comprendre les évènements. Et forcément le rythme bimensuel accentue la cadence.

Mais là où ça fait vraiment mal, c’est lorsqu’on a des changements de dessinateurs intempestifs. Deux artistes sont normalement sollicités pour alterner les numéros. Du coup, on se retrouve avec une incohérence graphique gênante. La seule série qui a réussi à éviter cet écueil, c’est Batman avec une alternance intelligente entre les deux artistes, chacun s’occupant d’un arc avant de passer le relais à un autre. Et nom de Zeus, Marty, ça fait du bien. Surtout que David Finch est vraiment excellent (et ce n’est pas un artiste que j’apprécie énormément d’habitude, notamment à cause de l’encrage), il a de belles idées de composition, son Batman est impressionnant. Là où cela pêche, c’est sur Green Arrow, la série devait être dessinée alternativement par Otto Schmidt (un nouveau chez DC avec un style vraiment cool) et Juan Ferreyra (excellent dessinateur au style très aquarelle), sauf que dès le deuxième arc, l’alternance est partie en sucette. Sur une douzaine de numéros sortis actuellement, Schmidt a été remplacé sur les numéros où il était sollicité par des artistes tentant péniblement de reprendre son style. C’est drôle à lire, c’est plus gênant à regarder.

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Des débuts trop classiques.

Et là où Rebirth devient problématique, c’est qu’on a des histoires, pour l’instant, assez peu originales et que ne font que brasser des histoires très classiques.

Flash est celui qui en souffre le plus, se retrouvant encore face à un méchant speedster qui veut devenir plus rapide que tout le monde. Oui, on croirait voir le synopsis de la série TV mais ce n’est pas le cas. Ce ne serait pas si gênant si on avait une touche d’originalité dans le scénario mais non, à peu près tous les poncifs y passent. Dommage parce que la caractérisation de Flash est très bonne. Le deuxième arc semble avancer dans une direction plus originale avec un renforcement de la mythologie liée à la speed-force. A confirmer mais il serait dommage qu’un scénariste comme Joshua Williamson ne puisse pas être aussi talentueux que sur Birthright, sa série publiée chez Image (et éditée chez Delcourt, très bonne lecture pour les fans d’héroïc-fantasy).

Green Lanterns est celle que je retiens comme la plus classique du lot. Ne s’affranchissant jamais de ce que Geoff Johns a fait, la série ne fait que reprendre des menaces lambda avec un duo de héros sympathiques mais écrit en mode bas de gamme. Je sens que tous les corps des Lanterns vont y passer, sans grande originalité dans le fond, ni dans la forme. Attention, j’ai pas dit que c’était nul, simplement qu’avec les personnages principaux que la série se paye, elle pourrait aborder les évènements sous une forme originale. Par exemple, Jessica Cruz, devenue Green Lantern à la fin de Darkseid War souffre d’agoraphobie et malheureusement, ce n’est quasiment jamais utilisé dans le fond du scénario. Ce n’est qu’un outil scénaristique qui va la mettre en difficulté à chaque fois. Idem avec Simon Baz, qui est un musulman mais cela n’est jamais utilisé, ni pour approfondir le background du perso, ni pour renforcer le fond des histoires. Dommage mais ça se laisse lire sans problème.

Au final, on retrouve des séries qui ne font que réutiliser des schémas d’écriture classiques sans fournir une originalité, Action Comics et Hal Jordan & the Green Lantern Corps me semblant le meilleur exemple en nous rapprochant toujours plus des années 90. Mais ce que je reproche le plus, c’est le manque de progressisme du relaunch. On n’a pas plus de personnages féminins qu’auparavant (à vue de nez, je dirai qu’on en a moins), même si on note une amélioration dans certaines annonces pour la deuxième vague, notamment en ce qui concerne la future nouvelle incarnation de la Justice League of America où on retrouvera des personnages très diversifiés, autant au niveau racial que sexuel. Idem, l’annonce d’une nouvelle série pour Batwoman est une bonne nouvelle pour la communauté LGBT qui s’était pris un gros coup de poing dans la gueule avec le départ (forcé) de Marc Andreyko et JH Williams. Je suis surtout conquis par la confirmation de la série Supersons qui va permettre d’injecter du sang neuf dans l’univers comme ce que Marvel fait avec Champions. Je trouve simplement dommage qu’il faille quasiment attendre six mois à un an pour obtenir un renouvellement. Le but d’un relaunch, c’est d’obtenir des changements impactant dès le départ. Heureusement, des séries comme Superwoman, Teen Titans prouve qu’on peut retravailler des figures iconiques sous des angles innovants et intéressants en apportant du sang neuf.

 

Rebirth = des découvertes.

Pour fini Rebirth, ce sont aussi des découvertes artistiques, qu’elles se situent au plan scénaristique ou au niveau des dessins. Ben Percy (auteur de Green Arrow et Teen Titans) confirme le potentiel qu’on avait pu détecter chez son Green Arrow fin New 52 avec des aventures funs aux personnages bien écrits. Il est aussi bien aidé par l’équipe artistique, si on ne voit pas suffisamment Otto Schmidt, on est jouasse lorsque son nom apparait sur la couverture. Il possède un trait fin, dynamique et très agréable. Ses personnages sont sexys, ses découpages précis et mettant parfaitement en valeur les séquences d’action. Juan Ferreyra obtient enfin un titre d’envergure et lui aussi confirme tout son talent, son trait est plus rugueux, moins sexy mais il a un sens du découpage dingue et sa colorisation (qu’il fait lui-même) est à tomber par terre.

C’est un effet qu’on aperçoit sur plein d’autres titres, entre confirmation de talents prometteurs comme Mikel Janin qui signe un Batman qui met KO beaucoup de dessinateurs ayant œuvré précédemment sur Grayson. Tom King, scénariste très prometteur, entreprend un travail très personnel sur Batman, ce qui plait ou ne plait pas mais je trouve la lecture agréable.

C’est une bonne chose car on découvre de nouveaux styles dans des tonalités différentes tous les mois.

 

Du coup, que pensez de Rebirth ? De mon point de vue, c’est encore en chantier mais il y a des choses intéressantes. Marvel continue à avoir une longueur d’avance dans le progressisme et ce sera le cas pendant quelques temps encore (je pense) mais DC doit poursuivre dans cette veine, notamment en mettant en place des artistes féminins sur des titres d’envergures. Le monde du comics en regorge et il serait stupide de les voir partir chez la concurrence.

 

En bonus, je vous fais un récap des différents titres parus et leur qualité.

Les incontournables : Superman, Batman, Green Arrow, Wonder Woman, Nightwing, Hellblazer, Teen Titans, Trinity, Supergirl.

Les bonnes séries à lire : Red Hood & the Outlaws, Superwoman, The Flash, Green Lanterns, Detective Comics, Deathstroke, Batman Beyond, Batgirl, Batgirl and the Birds of Prey, All-Star Batman, Titans.

Les séries à éviter : Hal Jordan and the GL Corps, Blue Beetle, Cyborg, Harley Quinn, Suicide Squad, Justice League.

Ne lisant pas tout, je ne mets pas les séries que je ne lis pas.

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