L’appropriation par les lecteurs des super-héros

Si tu lis cet article, tu vas te faire spoiler méchamment ta race ! Notamment, sur Captain America et le fameux numéro 1 de la nouvelle série dédiée à Steve Rogers. Ready ? Go !

Pourquoi cet article ? Beaucoup de choses ont été dites sur le cliffhanger qui concluait le numéro 1 de la série Captain America : Steve Rogers. Mon but n’est pas d’en proposer une analyse. Pourquoi ? Parce que le numéro ne le mérite pas, c’est un gros caca boursouflé ! Pourtant, j’adore Nick Spencer, son boulot sur le personnage de Ant-Man est excellent et sa nouvelle série The Fix débute très, très bien et même son Cap’ Sam Wilson est bien foutu.

 

Non, ce dont je veux parler ici, c’est de la réaction consternante des gens et qui se voit sur plein d’autres personnages lorsqu’un auteur propose une vision différente d’un personnage. L’autre jour, je lisais les commentaires sur une page Facebook (oui, je sais, idée de merde) et un commentaire en particulier m’a marqué (comprenez : énervé !). En gros, ça disait : « Ouin, ouin, mes super-héros, ils sont plus les mêmes. Thor, c’est une gonzesse, donc elle est naze parce que Thor, c’est un bourrin plein de muscles ! ». Mais TG ! Y en a même qui disent que Thor femme, c’est pas Thor ! OUI !!! C’est pas comme si tout le monde dans la série l’appelait Thor ou qu’elle avait Mjöllnir.

C’est quoi la différence qu’elle soit une femme tant que la série est bien écrite et que le personnage a une légitimité à porter le titre de Thor ? Lisez ! Thor nouvelle version est une des meilleures séries que je lis actuellement.

Et puis, ça veut dire quoi ce commentaire ? Qu’un personnage doit avoir une version constante, sans jamais pouvoir diverger ? Qu’une femme ne peut prendre la place d’un dieu hyper baraqué et viril ? Paye le changement ! J’ai lu des commentaires quasi-identique pour X-23 qui devient Wolverine. Pour les néophytes, c’est un clone au féminin de Wolverine. Et elle est aussi badass que le poilu canadien.

Le progressisme dont je parlais dans un autre article prend un bon coup de poing dans la tronche !

Pour préciser un peu, je pars du principe qu’un personnage a une base. C’est-à-dire des éléments historiques, psychologiques, etc. qui font de lui ce qu’il est. A titre d’exemple, je pourrais passer pour un sale intégriste en disant que je n’aime pas le boulot de Dan Slott sur Spider-Man. Si je pense ça, c’est parce que je trouve que ce dernier s’est éloigné de ce qui fait la singularité du personnage. Pour moi, Spidey, c’est quelqu’un qui doit toujours faire face aux responsabilités. C’est un type ordinaire qui doit mesurer l’importance de ces pouvoirs et faire face aux conséquences. La première a été celle de provoquer la mort de son oncle. C’est là qu’il a compris ce que son pouvoir signifiait vraiment. Ça a été la même chose lorsque Gwen Stacy est morte. Idem lorsqu’il dévoile son identité au monde entier pendant Civil War. Il doit faire face aux conséquences, notamment, la mort de Tante May. Sauf que cela n’a pas plu à des fans de la vieille école pour qui May est un point de repère dans les comics Spider-Man. Du coup, Marvel a fait machine arrière et a ramené May à la vie. Je passe outre les explications, y en aurait pour des heures. La problématique ici, c’est qu’on crame directement l’essence du personnage parce que des gens n’étaient pas contents. En fait de fans, ce sont surtout des râleurs bien nombreux et influents qui ont permis ça (comprenez : relous). Du coup, John Michael Strackzynski (qui a écrit le dernier meilleur run de Spidey) est parti du titre, dégoûté par cela et n’a plus jamais écrit chez Marvel. Pourtant, ce dernier avait fait du ménage dans la vie du personnage en revisitant la mythologie du personnage. Là aussi, je reviendrai pas dessus mais c’est un boulot passionnant qui offre une vision personnelle du dicton « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». Lisez-le si ce n’est pas déjà fait.

De toute façon, on en revient à la problématique de base du fan de comics : les lecteurs râlent parce que ça stagne et quand ça change (en bien, j’entends), ça rage ! Sérieusement, get a life ! Grandissez !

Pour autant, le changement n’est pas toujours synonyme de qualité. Genre, Jean-Paul Valley qui devint Batman, c’était quand même du caca. L’idée était pas pourrie mais l’exécution, si. Beaucoup de monde a gueulé quand Jason est devenu le nouveau Robin, le public l’a rejeté, ce qui a conduit à sa mort. Pourtant, faire d’un gamin violent et à la personnalité borderline un Robin est très intéressant. Damian est encore pire et ça ne dérange personne. Evidemment, les circonstances sont différentes. Le créateur du gamin, c’est Grant Morrison, le scénariste qui emmerde un peu tout le monde et même ses éditeurs. Tout ça pour dire qu’une communauté bruyante parvient à faire changer de politique un éditeur et que c’est consternant.

Pour en revenir à Captain America et au fameux twist, la réaction des lecteurs était juste totalement disproportionnée. Je rappelle quand même que Nick Spencer a reçu des menaces de mort. Tout ça pour un numéro légèrement naze car trop long, pas rythmé, mal dessiné. Tout ça pour un cliffhanger classique de chez classique où Cap dit : « Hail Hydra ».

Stupeurs et tremblements ! Steve Rogers est un traître, un nazi depuis le départ !

Sérieux, quand on lit du comics, on sait très bien qu’il va y avoir une explication derrière et que c’est juste un cliffhanger que je nomme affectueusement pute à buzz ! C’est pas le premier et sûrement pas le dernier, non plus. Marvel a bien joué son coup et résultat, ça a fait un buzz monstrueux dans des proportions épiquement débiles !

Je pense que l’un des problèmes de cette appropriation, c’est que les gens pensent que dès lors qu’ils ont filé leur fric, ils obtiennent un droit de regard sur l’évolution des histoires. Ce n’est pas propre aux comics, d’ailleurs. Rappelez-vous de Mass Effect 3, les gens avaient hurlé parce que la fin ne leur semblait pas satisfaisante parce qu’elle ne prenait pas en compte leurs choix (who cares que t’ai couché avec machin ou machine !). En vrai, elle avait surtout des problèmes d’écriture avec des trous pire qu’un film avec Batman et Superman ! Bref, ça rejoint le sentiment d’appropriation qu’ont les gens. J’ai donné ma thune, j’estime avoir le droit de dire que ça me plait pas.

Je pense pas que les choses soient aussi simples.

Tu as le droit d’estimer que les choses ne te conviennent pas. De là à dire qu’on a détruit le personnage, y a un cap. Pour en revenir à Spidey par Dan Slott, je dirais jamais que Dan Slott a détruit le perso. Juste, c’est une écriture que je trouve générique et qui ne propose rien d’autre qu’une histoire générique de super-héros. Sauf qu’il n’y a pas moins générique que Spider-Man. En plus, y a certains trucs que j’aime bien dans son boulot, Spider-Verse était fun même si totalement vain, Superior Spider-Man avait de bons moments. Bref, si je suis pressé de voir un nouvel auteur ramener du sang neuf, je me dis aussi que le gars est là depuis dix ans, forcément, y a un moment où tu tournes en rond. J’estime aussi qu’un auteur a quand même le droit de faire ce qu’il veut, tant que ça se justifie dans l’écriture et que c’est bien écrit. Je veux dire, personne n’a hurlé lorsque Miller a proposé un Batman borderline dans The Dark Knight Returns (le premier qui me dit qu’il tue, je lui colle une tarte dans la tronche !), c’est un choix d’auteur pleinement assumé et justifié dans l’écriture.

Bref, toutes ces tergiversations pour dire quoi ? On changera pas les gens, il y aura en toujours qui penseront détenir la parole sainte, les fameux gardiens du temple. Y en a même un qui m’a dit un jour que faire de Ms Marvel une musulmane était une aberration ! Le genre de gars qui considère toujours Stan Lee comme le génie absolu et qui ne connait personne d’autre… La tristesse, quoi.

Après, je vais pas être hypocrite, j’ai aussi une vision d’un personnage et j’ai tendance à râler si l’écriture n’y correspond pas. Mais voir X-23 devenir Wolverine ne me contrarie pas, au contraire, je trouve que ça correspond à une notion d’héritage qui me semble importante dans le comics et qui est souvent écarté.

Mon point de vue sur la question est simple. Si je lis un comics, c’est avant tout par rapport à un auteur. Evidemment, je vais quand même m’intéresser en lisant les séries sur des personnages que j’apprécie mais si l’auteur ne me plait pas, je lirai pas. Typiquement, j’ai continué Flash quand Robert Venditti et Van Jensen ont pris le relai, je les connaissais pas avant, j’ai arrêté rapidement tellement je trouvais ça mauvais. Ce n’était pas une question de respect du personnage, juste que l’écriture était basique. Idem avec le Wonder Woman des Finch. Un conseil : si vous voyez un truc écrit par Meredith FInch, barrez-vous, cette femme est le diable !!!

 

Dans le fond, il est normal que nous, lecteurs, nous approprions les personnages. Logique au bout d’un certain temps de lecture, nous pensons les connaître et savoir ce qui doit leur arriver. Je pense néanmoins qu’il ne faut pas être abruti fini et rejeter en bloc sous prétexte que ça correspond pas à ce avec quoi on a grandi. Les exemples sont nombreux et j’ai déjà bien trop digressé mais je ne crois pas que hurler à chaque fois, en masse et en intensité, soit une bonne solution. Laissons les auteurs faire leur boulot. De toute façon, un autre auteur se chargera de rectifier le tir quand il y aura un changement.

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