La renumérotation chez Marvel : où va la cohérence narrative.

Attention, je parle ici d’actualité VO principalement. Je tâcherai de ne rien spoiler des histoires mais si vous ne voulez pas avoir d’infos sur All-New All-Different Marvel, fuyez, pauvres fous !

Et oui, Marvel l’a annoncé, en octobre prochain, il y aura un relaunch, soit le 4ème en quatre ans… Pour expliquer un peu plus pour ceux qui ne saisissent pas les mécaniques éditoriales, un relaunch, c’est une renumérotation à 1 des séries avec également l’apparition de nouvelles séries. Ainsi, avec ce système, on va parfois avoir des séries qui vont atteindre le numéro 20 et se voir renumérotées au 1, sans qu’il y ait un changement d’équipe artistique.

Alors, la question, plus que de savoir si cela est justifié, c’est de savoir si cela ne va pas à l’encontre totale de la cohérence narrative des comics. Ce que je veux dire, c’est que cette renumérotation peut parfois donner une fausse idée aux lecteurs : celle que le numéro devient un point d’entrée parfait, or, dans plusieurs cas, cela est faux puisqu’il n’y a pas eu de changement d’équipe artistique.

A l’heure de Rebirth chez DC Comics, où est aussi opérée une renumérotation, mettre les deux stratégies éditoriales en parallèle semble intéressant.
Bref, on va commencer simplement par expliquer comment les comics fonctionnent. La stratégie éditoriale de base de Marvel et DC Comics est basée sur la régularité des publications. Ainsi, on va avoir tous les mois, un chapitre de vingt pages suivant une trame qui peut s’inscrire dans une arche narrative. Généralement, une arche narrative comprendre entre 4 et 8 chapitres. Et ces arches narratives se voient recompilées dans le format qu’on connait le plus en France, c’est-à-dire en relié. Ces arches narratives successives forment généralement ce qu’on appelle un run. Par exemple, Scott Snyder vient de finir son run sur Batman qui se découpe en 5 grosses arches narratives pour un total de 51 numéros, dont certains one-shots (numéro avec un début et une fin).

Le souci, c’est qu’après 75 ans d’histoire, on atteint des numérotations pharaoniques (Action Comics atteint le #957 ce mois-ci) et donc, on risque de perdre une masse de lecteurs se disant qu’il faut avoir lu les 956 numéros précédents !

Evidemment, ce n’est pas le cas. Je m’explique, à chaque fois qu’un auteur prend une série en main, avec un nouveau dessinateur, on peut considérer cela comme un point d’entrée. Sauf si c’est Grant Morrison ou Jonahtan Hickman qui prend le relais, là, ça devient le meilleur moyen de se suicider et d’arrêter quasi immédiatement les comics.

Evidemment, il y a des éléments de continuité, c’est-à-dire de l’histoire des personnages qui sont repris mais un nouvel auteur mettant en place une nouvelle histoire, avec de nouveaux enjeux, généralement, cela reste accessible. Au pire, Google deviendra votre allié le plus précieux, notamment avec les bases de données wiki.

D’ailleurs, je me permets une parenthèse mais évidemment que lorsqu’on commence les comics de super-héros, il va falloir faire des recherches sur les personnages. J’ai dit que les histoires étaient accessibles pas que vous comprendriez tout d’un seul coup. Parfois, on a des personnages très secondaires qui apparaissent, des évènements pouvant faire écho au passé du personnage. Une histoire dans l’univers de Batman telle que « L’énigme du Red Hood » fait écho à « Un deuil dans la famille » et on ne peut pas lire le premier sans connaître les événement concluant le dernier. Dans les comics Marvel et DC, tout est affaire de continuité et c’est ce qu’oublient parfois les éditeurs !

Chez Marvel, en renumérotant à tire la rigaud depuis Marvel Now en 2012, on tente de vous faire croire que la continuité, osef ! Or, c’est une connerie fondamentale ! La continuité est importante. Lire la série Amazing Spider-Man au numéro 1 de 2014 sans connaître ce qui s’est passé auparavant relève quasiment de l’inconscience. A mon sens, Marvel aurait dû conserver la numérotation Amazing Spider-Man à l’ancienne. En effet, la série s’est stoppée en 2011 avec le numéro 700 et un gros événement. ! Spoiler même si je pense qu’il y a prescription ! Otto Octavius a transféré son esprit dans le corps de Peter Parker (because comics). En résulte la série Superior Spider-Man qui se termine au numéro 30 avec ce que tout le monde avait deviné. Donc, on repart au numéro 1 sur Amazing Spider-Man, sauf que si on n’a pas lu Superior, on ne comprend pas les relations entre les persos dans Amazing.

Le plus gros problème, c’est qu’on fait croire aux lecteurs qu’ils peuvent lire cette nouvelle série alors qu’elle s’inscrit dans une structure narrative gigantesque. Alors, évidemment, un paquet de personnes seraient découragées à l’idée de lire plus de 200 numéros pour tout comprendre (et je les comprends, moi, le premier, ça me gonfle, surtout que je n’aime pas le Spidey moderne) mais les éditeurs devraient faire leur travail en expliquant le contexte dans lequel s’inscrit la série. Et c’est la même chose avec la “nouvelle” série Amazing Spider-Man.

Bon, Spider-Man est un exemple extrême parce qu’il y a une quantité astronomique de numéros. La problématique devient, à mon sens, plus importante et destructrice lorsque ce sont des séries déconnectées de la continuité qui se voient renumérotées. Et là, avec la stratégie Marvel, il y a un paquet d’exemples : Ms. Marvel, rénumérotée au 1 après 19 numéros alors qu’au final, l’histoire n’est pas finie. C’est encore pire avec Ant-Man, Marvel a joué la blague en changeant le nom de la série mais si on a pas lu les six premiers numéros, on ne comprend rien aux six nouveaux. Idem avec Thor, devenu The Mighty Thor sans changement d’équipe créative et qui prend la suite des six premiers numéros. La même chose avec Howard le Canard, Squirel Girl (renuméroté après 4 numéros, osef total), Silver Surfer (coucou Dan Slott qui se sort les doigts), etc. Bon, certaines séries n’ont jamais été renumérotées telles Avengers et New Avengers mais Marvel a été encore plus malin. Ils ont créé l’étape All-New Marvel Now (cherchez pas, tout est All-New chez Marvel depuis 4 ans) et les numéros de toutes les séries sont devenues des “points d’entrée”. Sauf que non, si tu commences une série comme Avengers au numéro 25, t’es dans la merde, mon pote ! Tu vas rien comprendre et hurler que Marvel, c’est nul ! Alors que tu loupes la meilleure série Marvel de l’époque.

Au final, on tente de faire croire à un lecteur qu’il va pouvoir débuter par le numéro 1 alors que c’est faux. Le pire dans tout ça, c’est qu’au moment de la recompilation dans un format librairie, la série va continuer sa numérotation en tomes. Pour l’exemple, Ms. Marvel connaît 4 tomes regroupant l’ensemble des 19 numéros et bien, le tome 5 compile les numéros 1-6. La cohérence narrative est conservée en format dur alors que le format kiosque renferme toute l’esbroufe éditoriale de Marvel. Et c’est ainsi depuis quatre ans. Pourtant, ça marche puisque Marvel est toujours dans les tops ventes, même si on pourrait tenter d’expliquer ça grâce à Star Wars. Mais même avant, Marvel était au-dessus.

DC Comics, en 2010, a eu une stratégie très différente puisqu’ils ont opéré un reboot de l’univers. En gros, remise à zéro quasi-intégrale de l’univers, sauf Batman et Green Lantern. Pour tout le reste, la continuité fut oubliée parce que la continuité, osef ! Ils ont appelé ça les New 52 parce que 52 séries tous les mois. Youpi !  Comment ça, non ?

Bah oui, ça a fait un four complet et à raison ! Déjà, le non-reboot de l’univers Batman a créé un maelström incompréhensible ! Tim Drake (un des Robin) a changé plusieurs fois d’origines, Damian Wayne a toujours 11 ans alors que cinq ans sont censés avoir été effacés, etc. L’éditeur a créé une cacophonie et les auteurs ont dû se débrouiller avec. Après, comme pour Marvel, ça n’empêche d’avoir eu des bonnes séries mais dans l’ensemble, on se rappellera des New 52 comme un laboratoire à idées pas toujours géniales, surtout la première année ! Même si par la suite, on a eu des petites perles (Grayson !!!!! Pardon…)

Donc aujourd’hui, après avoir fait n’importe quoi avec sa continuité, DC Comics annonce que la continuité pré-New-52 va être réintégrée. Youpi ! Comment ça, attendons de voir ?

Bah oui, c’est mignon de vouloir réintégrer des éléments de continuité mais si c’est mal exécuté, on risque de vite regretter ! Bon, quand on voit certains scénaristes, on a pas trop de doutes. Ayant lu, les numéros spéciaux Rebirth parus la semaine dernière, je suis quelque peu rassuré, ça fait pas trop gros sabots comme je le craignais. Mais wait and see ! Tous les numéros du nouveau statu-quo ne sont pas disponibles. En tout cas, je trouve que la stratégie éditoriale de DC est plus pertinente que celle de Marvel, à l’heure actuelle, surtout que ce dernier semble amorcer encore un relaunch. Sur la qualité, ce sera un autre débat…

Car là où c’est mieux fait que chez Marvel, c’est que la rénumérotation s’accompagne d’un changement d’équipe artistique sur l’ensemble des séries. Bon, ne nous voilons pas la face trop longtemps, le retour à l’ancienne numérotation, si elle fait sens d’un point de vue scénaristique pour Action Comics (la seule vraie série Superman !), n’est pas aussi pertinente pour Detective Comics. Le vrai intérêt de cette numérotation, c’est mettre la nique à Marvel puisqu’en passant à un rythme de parution bi-mensuelle, le numéro 1000 sera vite atteint !

 

Au final, DC Comics et Marvel ont deux stratégies différentes. Marvel surfe sur la vague cinématographique en mettant en avant les personnages vus au cinéma avec plus (Ant-Man, Avengers, etc.) ou moins (Scarlet Witch, les Gardiens de la Galaxie, etc.) de succès. La plus grosse problématique reste, à mon sens, que Marvel détruit la cohérence narrative en procédant à une renumérotation quasiment chaque année.

Au final, pour conserver une cohérence narrative et dans le même temps renuméroter, il serait certainement intelligent de procéder à une renumérotation uniquement lorsque cela est pertinent et donc lorsqu’il y a un changement d’équipe créative comme le fait DC Comics avec Rebirth. Attention, je ne dis que ce sera bien. Malgré toutes les critiques à l’encontre de Marvel au plan éditorial, ils ont un pôle de scénaristes et d’artistes plus que compétents !

Sauf Brian Bendis parce qu’il faut pas déconner !

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Une réflexion sur “La renumérotation chez Marvel : où va la cohérence narrative.

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